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 Le retour du refoulé, par Stéphane Beaud et Gérard Noiriel

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MessageSujet: Le retour du refoulé, par Stéphane Beaud et Gérard Noiriel   Dim 20 Sep 2009, 1:59 pm

Citation :
Le conseiller spécial de l'Elysée, Henri Guaino, s'est plaint récemment de la façon dont les médias ont traité les propos que le ministre Brice Hortefeux affirme avoir tenus sur... les "Auvergnats", lors de l'université d'été de l'UMP. "On vole une phrase au hasard et on la commente sans savoir de quoi on parle." Etant donné que nous disposons d'un document audiovisuel qui replace les propos du ministre dans leur contexte, nous nous sommes livrés à une petite analyse, dont nous livrons ici les grandes lignes.

La scène se passe à Seignosse, le 5 septembre, à proximité du stand des "jeunes populaires de l'UMP". Deux ténors du parti, Jean-François Copé (le chef de file des députés UMP) et Brice Hortefeux (le ministre de l'intérieur) sont sollicités par un jeune militant landais pour une photo. Les protagonistes de cette scène n'ignorent pas qu'ils sont filmés. En bons professionnels de la communication, les deux dirigeants de l'UMP savent parfaitement que lorsqu'une caméra est allumée on quitte la sphère privée pour la scène publique, ce qui nécessite de contrôler chacun de ses mots et de ses gestes.

Néanmoins, ils sont placés dans une situation qu'ils maîtrisent moins bien que lorsqu'ils sont sur un plateau de télévision ou une tribune. Ils doivent en effet dialoguer avec des militants de base, qui eux n'ont pas besoin de contrôler leurs moindres propos, car leur carrière ne dépend pas de l'image qu'ils donnent d'eux-mêmes.

La demande du jeune militant n'était pas prévue au programme. On sent une petite hésitation de la part des deux ténors, accentuée par le fait que le militant en question a une particularité qui n'échappe à aucun protagoniste de la scène et qui finira par être énoncée haut et fort : il est "arabe". En réalité, Amine Benalia-Brouch est issu d'un couple mixte, son père est algérien et sa mère portugaise. Mais seule l'origine arabe va poser problème dans cette histoire.

Fixer sur une même photo un jeune "issu de l'immigration" et le ministre de l'intérieur, qui a été aussi le ministre de l'immigration et de l'identité nationale, est en soi un événement. C'est ce qui explique l'effervescence que l'on constate au sein du petit groupe des militants landais. Néanmoins, étant donné que tout ce qui touche de près ou de loin à l'immigration suscite en France des réactions passionnelles, les deux "pros" de la politique que sont Hortefeux et Copé ont bien compris que la situation n'était pas sans risques.

On constate d'ailleurs une certaine gêne chez le ministre. Le fils de banquier de Neuilly, qui a grandi dans une ville qui ne compte aucun HLM et fait ses études à l'école (privée) Saint-Jean-de-Passy, se trouve tout à coup serré de près par un "jeune populaire" de l'UMP, issu de l'immigration de surcroît, sous le regard quelque peu goguenard des compagnons landais. La façon habituelle d'échapper à une situation embarrassante, c'est d'en plaisanter. C'est ce que fait Brice Hortefeux avec un premier mot d'esprit évoquant l'avarice légendaire des Auvergnats. Copé reprend la balle au bond en s'efforçant de focaliser la conversation sur l'identité auvergnate problématique du ministre. Peine perdue. C'est Amine qui capte tous les regards.

Lorsque les trois principaux protagonistes prennent la pose pour la photo, les commentaires joyeux fusent autour d'eux. Amine reçoit un soutien chaleureux de la part de ses amis, hommes et femmes, situés face à lui (plusieurs d'entre eux, dont une femme, disent sur un ton admiratif : "Oh Amine !... Amine ! Amine !...") A ce moment précis, c'est l'identité landaise d'Amine qui prime. Il est perçu par les militants de base comme leur représentant. Ils sont fiers que l'un des leurs soit aux côtés des deux ténors de leur parti. Les images laissent transparaître un court moment de fraternité et de sociabilité populaires.

Mais brutalement une autre logique s'impose. Des propos politiques viennent en effet se greffer sur la scène. On entend quelqu'un affirmer : "Ça, c'est l'intégration !" Puis un autre participant, invisible à l'écran, enchaîne : "Lui (en parlant d'Amine), il parle arabe." Cette phrase est perçue comme une mise en question de la bonne intégration d'Amine. Sans doute que, pour les militants de l'UMP, on ne peut pas être "intégré" et parler l'arabe.

C'est pourquoi Copé intervient à nouveau en s'efforçant cette fois de focaliser l'attention sur l'ennemi socialiste. Commentant les propos qui viennent d'être tenus, il dit à l'intention d'Amine, en le vouvoyant : "Ne vous laissez pas impressionner, ce sont des socialistes infiltrés."

Mais une autre intervenante (sans doute la secrétaire départementale UMP des Landes), soucieuse de prouver qu'Amine est "vraiment" intégré, se livre à une surenchère révélatrice des préjugés qui règnent dans ce parti : "Il est catholique, il mange du cochon et il boit de l'alcool." Et joignant le geste à la parole, sans doute pour féliciter le jeune homme d'avoir fait autant d'efforts pour devenir "comme nous", elle se rapproche de lui et lui fait la bise.

Ce commentaire et ce geste suscitent un surcroît de rires et l'approbation générale. Il semble donc que tout le monde soit d'accord pour penser que l'intégration puisse être définie à partir de critères religieux, et pour considérer que la seule communauté qui pose problème à cet égard, ce sont les musulmans. C'est dans ce contexte précis, de rigolade franchouillarde, dans ce moment de "déconne" (comme dira Jean-François Copé) que Brice Hortefeux donne un deuxième aperçu de l'étendue de son humour. Au lieu de critiquer les stéréotypes qui viennent d'être énoncés, il affirme à propos d'Amine : "Il ne correspond pas du tout au prototype, alors." Ce qui revient à affirmer qu'il existerait un "prototype" de l'Arabe, défini de manière quasi exclusive par son appartenance religieuse (islam) et par le respect des interdits alimentaires (le porc, l'alcool).

Cette caution ministérielle provoque un redoublement des rires, les langues se délient, et "tout le monde se lâche", comme on dit. On voit alors une autre femme, la cinquantaine, voisine de la secrétaire fédérale, se rapprocher d'Amine, lui tapoter la joue. Dans un commentaire à l'intention du ministre, elle affirme : "C'est notre petit Arabe ! On l'aime bien." Cette réflexion, qui se situe dans le droit-fil du paternalisme colonial, montre comment le parti présidentiel conçoit la "diversité".

Là encore, au lieu de prendre ses distances à l'égard de propos sans doute affectueux, mais d'une condescendance insupportable, le ministre ne peut pas s'empêcher de gratifier l'assistance d'une nouvelle plaisanterie, qui sonne comme un verdict définitif de sociologie spontanée sur "les Arabes" : "Il en faut toujours un. Quand il y en a un, ça va. C'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes." Lorsqu'on replace ces propos dans leur contexte, leur sens ne fait plus aucun doute. N'en déplaise à M. Guaino.

Le problème que pose l'hypermédiatisation de ce genre d'affaires, c'est qu'elle enferme la question du racisme dans une logique de fait divers : un coupable, une victime et des millions de juges. Même les associations antiracistes s'inscrivent dans la logique du procès ou de la repentance. Il serait temps d'élever le débat au-delà des questions de personnes, et des protestations morales, pour s'interroger sur la dimension proprement politique de ces affaires.

L'intérêt de cette séquence vidéo est de nous montrer les effets pratiques, "incorporés" pourrait-on dire, de la politique identitaire mise en oeuvre par le candidat de l'UMP lors des présidentielles de 2007. On y voit clairement comment fonctionnent, au sein du parti qui gouverne aujourd'hui la France, des automatismes de pensée (de l'intégration, on passe aux Arabes, puis aux musulmans, pour finir en affirmant : "C'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes").

Le fait que toute cette scène ait été placée sous le signe de l'humour est extrêmement révélateur de cet inconscient politique. Dès que la censure s'affaiblit, dès que la situation n'est plus complètement "sous contrôle", les stéréotypes ressurgissent immédiatement.

Nous avons été nombreux à protester contre le ministère de l'immigration et de l'identité nationale, créé par Nicolas Sarkozy pour rallier les suffrages du FN, parce que nous étions convaincus que le simple fait d'associer les mots "immigration" et "identité nationale" ne pouvait que conforter les préjugés d'une partie de la population à l'égard des Français issus de l'immigration. Cette séquence vidéo confirme hélas nos inquiétudes.

L'UMP a fondé sa stratégie politique sur l'ethnicisation des rapports sociaux, ce qui aboutit à enfermer les individus dans leurs origines ou leur couleur de peau. La célébration de "nos petits Arabes" bien intégrés - auxquels on accorde un strapontin gouvernemental quand ils font partie de l'élite, afin qu'ils fournissent tous les brevets d'antiracisme dont le pouvoir a besoin - va de pair avec la stigmatisation de ceux d'entre eux qui appartiennent aux classes populaires. Ce sont les deux facettes de cette politique identitaire que donnent à voir les images diffusées par le site Internet du Monde.

Stéphane Beaud, professeur de sociologie à l'Ecole normale supérieure, coauteur de "Pays de malheur ! : un jeune de cité écrit à un sociologue", (La Découverte, 2004)

Gérard Noiriel, historien, directeur d'études à l'EHESS, dernier ouvrage paru : "Immigration, antisémitisme et racisme (XIXe-XXe siècle). Discours publics, humiliations privées", (Fayard, 2007)

source : http://www.lemonde.fr/opinions/article/2009/09/19/le-retour-du-refoule-par-stephane-beaud-et-gerard-noiriel_1242548_3232.html
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makeda
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MessageSujet: Re: Le retour du refoulé, par Stéphane Beaud et Gérard Noiriel   Lun 21 Sep 2009, 9:59 am

Super article ! J'ai bien envie de parcourir les ouvrages cités des auteurs !
Merci Thomas
Smile


Dernière édition par makeda le Jeu 24 Sep 2009, 10:01 am, édité 1 fois
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makeda
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MessageSujet: Re: Le retour du refoulé, par Stéphane Beaud et Gérard Noiriel   Jeu 24 Sep 2009, 9:59 am

Est-ce qu'on peut profiter de cet endroit pour y mettre des articles (ou des images) traitant du racisme ?
Peut-être qu'on peut en parler aussi, parce que malgrés tout je m'interroge, je me dis que le racisme finalement c'est un symptôme, comme les phobies ou les obsessions, enfin j'essaie de comprendre. D'ailleurs si qqun connait des ouvrages ou articles qui traiteraient de la psychopatologie du racisme, je suis preneuse !

http://www.lemonde.fr/societe/article/2009/09/23/ca-fait-bien-longtemps-que-je-ne-prononce-plus-mon-prenom-quand-je-me-presente-au-telephone_1244095_3224.html

Citation :
Brice Hortefeux a trop d'humour. Je le sais, il m'a fait une blague un jour. Jeudi 24 avril 2008. Le ministre de l'immigration et de l'identité nationale doit me recevoir dans son majestueux bureau. Un rendez-vous pour parler des grèves de sans-papiers dans des entreprises. Je ne l'avais jamais rencontré. Je patiente avec ma collègue Laetitia Van Eeckhout dans cet hôtel particulier de la République. Brice Hortefeux arrive, me tend la main, sourit et lâche : "Vous avez vos papiers ?"

Trois mois plus tard, lundi 7 juillet, jour de mes 29 ans. Je couvre le Tour de France. Je prépare un article sur ces gens qui peuplent le bord des routes. Sur le bitume mouillé près de Blain (Loire-Atlantique), je m'approche d'une famille surexcitée par le passage de la caravane, pour bavarder. "Je te parle pas, à toi", me jette un jeune homme, la vingtaine. A côté de moi, mon collègue Benoît Hopquin n'a aucun souci à discuter avec cette "France profonde". Il m'avouera plus tard que, lorsque nous nous sommes accrédités, une employée de l'organisation l'a appelé pour savoir si j'étais bien son... chauffeur.

Je pensais que ma "qualité" de journaliste au Monde allait enfin me préserver de mes principaux "défauts" : être un Arabe, avoir la peau trop basanée, être un musulman. Je croyais que ma carte de presse allait me protéger des "crochets" balancés par des gens obsédés par les origines et les apparences. Mais quels que soient le sujet, l'endroit, la population, les préjugés sont poisseux.

J'en parle souvent à mes collègues : ils peinent à me croire lorsque je leur décris cet "apartheid mental", lorsque je leur détaille les petites humiliations éprouvées quand je suis en reportage, ou dans la vie ordinaire. A quoi bon me présenter comme journaliste au Monde, on ne me croit pas. Certains n'hésitent pas à appeler le siège pour signaler qu'"un Mustapha se fait passer pour un journaliste du Monde !"

Ça fait bien longtemps que je ne prononce plus mon prénom lorsque je me présente au téléphone : c'est toujours "M. Kessous". Depuis 2001, depuis que je suis journaliste, à la rédaction de Lyon Capitale puis à celle du Monde, "M. Kessous", ça passe mieux : on n'imagine pas que le reporter est "rebeu". Le grand rabbin de Lyon, Richard Wertenschlag, m'avait avoué, en souriant : "Je croyais que vous étiez de notre communauté."

J'ai dû amputer une partie de mon identité, j'ai dû effacer ce prénom arabe de mes conversations. Dire Mustapha, c'est prendre le risque de voir votre interlocuteur refuser de vous parler. Je me dis parfois que je suis parano, que je me trompe. Mais ça s'est si souvent produit...

A mon arrivée au journal, en juillet 2004, je pars pour l'île de la Barthelasse, près d'Avignon, couvrir un fait divers. Un gamin a été assassiné à la hachette par un Marocain. Je me retrouve devant la maison où s'est déroulé le drame, je frappe à la porte, et le cousin, la cinquantaine, qui a tenté de réanimer l'enfant en sang, me regarde froidement en me lançant : "J'aime pas les Arabes." Finalement, il me reçoit chez lui.

On pensait que le meurtrier s'était enfui de l'hôpital psychiatrique de l'endroit : j'appelle la direction, j'ai en ligne la responsable : "Bonjour, je suis M. Kessous du journal Le Monde..." Elle me dit être contente de me recevoir. Une fois sur place, la secrétaire lui signale ma présence. Une femme avec des béquilles me passe devant, je lui ouvre la porte, elle me dévisage sans me dire bonjour ni merci. "Il est où le journaliste du Monde ?", lance-t-elle. Juste derrière vous, Madame : je me présente. J'ai alors cru que cette directrice allait s'évanouir. Toujours pas de bonjour. "Vous avez votre carte de presse ?, me demande-t-elle. Vous avez une carte d'identité ?" "La prochaine fois, Madame, demandez qu'on vous faxe l'état civil, on gagnera du temps", riposté-je. Je suis parti, évidemment énervé, forcément désarmé, avant de me faire arrêter plus loin par la police qui croyait avoir... trouvé le suspect.

Quand le journal me demande de couvrir la révolte des banlieues en 2005, un membre du club Averroès, censé promouvoir la diversité, accuse Le Monde d'embaucher des fixeurs, ces guides que les journalistes paient dans les zones de guerre. Je suis seulement l'alibi d'un titre "donneur de leçons". L'Arabe de service, comme je l'ai si souvent entendu dire. Sur la Toile, des sites d'extrême droite pestent contre "l'immonde" quotidien de référence qui a recruté un "bougnoule " pour parler des cités.

Et pourtant, s'ils savaient à quel point la banlieue m'était étrangère. J'ai grandi dans un vétuste appartement au coeur des beaux quartiers de Lyon. En 1977, débarquant d'Algérie, ma mère avait eu l'intuition qu'il fallait vivre au centre-ville et non pas à l'extérieur pour espérer s'en sortir : nous étions parmi les rares Maghrébins du quartier Ainay. Pour que la réussite soit de mon côté, j'ai demandé à être éduqué dans une école catholique : j'ai vécu l'enfer ! "Retourne dans ton pays", "T'es pas chez toi ici", étaient les phrases chéries de certains professeurs et élèves.

Le 21 décembre 2007, je termine une session de perfectionnement dans une école de journalisme. Lors de l'oral qui clôt cette formation, le jury, composé de professionnels, me pose de drôles de questions : "Etes-vous musulman ? Que pensez-vous de la nomination d'Harry Roselmack ? Si vous êtes au Monde, c'est parce qu'il leur fallait un Arabe ?"

A plusieurs reprises, arrivant pour suivre un procès pour le journal, je me suis vu demander : "Vous êtes le prévenu ?" par l'huissier ou le gendarme en faction devant la porte du tribunal.

Le quotidien du journaliste ressemble tant à celui du citoyen. Depuis plusieurs mois, je cherche un appartement. Ces jours derniers, je contacte un propriétaire et tombe sur une dame à la voix pétillante : "Je m'appelle Françoise et vous ?" "Je suis M. Kessous ", lui répondis-je en usant de mon esquive habituelle. "Et votre prénom ?", enchaîne-t-elle. Je crois qu'elle n'a pas dû faire attention à mon silence. Je n'ai pas osé le lui fournir. Je me suis dit que, si je le lui donnais, ça serait foutu, qu'elle me dirait que l'appartement avait déjà été pris. C'est arrivé si souvent. Je n'ai pas le choix. J'hésite, je bégaye : "Euhhhhh... Mus... Mustapha."

Au départ, je me rendais seul dans les agences immobilières. Et pour moi - comme par hasard - il n'y avait pas grand-chose de disponible. Quand des propriétaires me donnent un rendez-vous pour visiter leur appartement, quelle surprise en voyant "M. Kessous" ! Certains m'ont à peine fait visiter les lieux, arguant qu'ils étaient soudainement pressés. J'ai demandé de l'aide à une amie, une grande et belle blonde. Claire se présente comme ma compagne depuis cet été et fait les visites avec moi : nous racontons que nous allons prendre l'appartement à deux. Visiblement, ça rassure.

En tout cas plus que ces vigiles qui se sentent obligés de me suivre dès que je pose un pied dans une boutique ou que ce vendeur d'une grande marque qui ne m'a pas ouvert la porte du magasin. A Marseille, avec deux amis (un Blanc et un Arabe) - producteurs du groupe de rap IAM -, un employé d'un restaurant a refusé de nous servir...

La nuit, l'exclusion est encore plus humiliante et enrageante, surtout quand ce sont des Noirs et des Arabes qui vous refoulent à l'entrée d'une boîte ou d'un bar. Il y a quatre mois, j'ai voulu amener ma soeur fêter ses 40 ans dans un lieu parisien "tendance". Le videur nous a interdit l'entrée : "Je te connais pas !" Il aurait pourtant pu se souvenir de ma tête : j'étais déjà venu plusieurs fois ces dernières semaines, mais avec Dida Diafat, un acteur - dont je faisais le portrait pour Le Monde - et son ami, le chanteur Pascal Obispo.

Fin 2003, je porte plainte contre une discothèque lyonnaise pour discrimination. Je me présente avec une amie, une "Française". Le portier nous assène le rituel "Désolé, y a trop de monde." Deux minutes plus tard, un groupe de quinze personnes - que des Blancs - entre. Je veux des explications. "Dégage !", m'expédie le videur. La plainte sera classée sans suite. J'appellerai Xavier Richaud, le procureur de la République de Lyon, qui me racontera qu'il n'y avait pas assez d'"éléments suffisants".

Que dire des taxis qui après minuit passent sans s'arrêter ? Que dire de la police ? Combien de fois m'a-t-elle contrôlé - y compris avec ma mère, qui a plus de 60 ans -, plaqué contre le capot de la voiture en plein centre-ville, fouillé jusque dans les chaussettes, ceinturé lors d'une vente aux enchères, menotté à une manifestation ? Je ne compte plus les fois où des agents ont exigé mes papiers, mais pas ceux de la fille qui m'accompagnait : elle était blonde.

En 2004, une nuit à Lyon avec une amie, deux policiers nous croisent : "T'as vu le cul qu'elle a !", lance l'un d'eux. "C'est quoi votre problème ?" rétorqué-je. Un des agents sort sa matraque et me dit en la caressant : "Il veut quoi le garçon ?" Le lendemain, j'en ai parlé avec Yves Guillot, le préfet délégué à la police : il m'a demandé si j'avais noté la plaque de leur voiture. Non...

En 2007, la brigade anticriminalité, la BAC, m'arrête sur les quais du Rhône à Lyon : j'étais sur un Vélo'v. On me demande si j'ai le ticket, si je ne l'ai pas volé. L'autre jour, je me gare en scooter sur le trottoir devant Le Monde. Je vois débouler une voiture, phares allumés : des policiers, mains sur leurs armes, m'arrêtent. Je leur dis que je travaille là. Troublés, ils me demandent ma carte de presse, mais pas mon permis.

Des histoires comme celles-là, j'en aurais tant d'autres à raconter. On dit de moi que je suis d'origine étrangère, un beur, une racaille, un islamiste, un délinquant, un sauvageon, un "beurgeois", un enfant issu de l'immigration... Mais jamais un Français, Français tout court.

Mustapha Kessous

http://www.liberation.fr/monde/0101592494-l-amerique-raciste-se-reveille

Citation :
L’Amérique raciste se réveille

Au moment où la popularité de Barack Obama s’effrite, les attaques sur ses origines et sa couleur se font de plus en plus précises.

Par LORRAINE MILLOT correspondante à Washington

Obama en sorcier africain, un os en travers du nez, Obama en fourrure de singe, mangeant une banane… Dans les manifestations de ces derniers mois contre le président américain et sa réforme de la santé, les attaques racistes ont fait un retour en force. Dans les talk-shows à la télévision ou la radio, les plus exaltés se moquent presque ouvertement de la couleur du président. Ainsi Rush Limbaugh, le plus célèbre des porte-voix de l’ultra-droite, montait en épingle la semaine dernière des images filmées dans un bus, montrant un enfant blanc rossé par un noir. Son commentaire : «Voilà l’Amérique d’Obama, des enfants blancs maintenant battus dans les bus scolaires.» Pour Limbaugh, Obama est «un Noir qui cherche la bagarre». Pour Glenn Beck, un autre de ces enragés, animateur sur la chaîne de télévision Fox, Obama est «un type qui a une haine profonde pour les Blancs ou pour la culture blanche». «Je pense que ce type est un raciste», a lancé Glenn Beck cet été.

«Birthers». Même sur CNN, le conservateur de service Lou Dobbs s’est pris de passion cet été pour le certificat de naissance de Barack Obama, demandant que le président «montre le document» prouvant sa citoyenneté américaine. Cette question de la nationalité du Président inspire tout un mouvement, les «birthers», qui, envers et contre toute évidence, suggèrent qu’Obama ne serait pas vraiment américain, ni donc éligible comme président, car il serait né au Kenya (il est né à Hawaï, Etat américain).

La polémique a rebondi la semaine dernière quand Jimmy Carter a accusé de racisme les détracteurs d’Obama. « Je pense qu’une part écrasante de l’intense animosité qui s’est exprimée envers le président Obama tient au fait qu’il est noir, qu’il est afro-américain », a lancé l’ancien président démocrate. «Je vis dans le Sud, et j’ai vu le Sud faire beaucoup de chemin. Mais cette tendance raciste existe toujours et je pense qu’elle est remontée à la surface en raison d’un sentiment partagé par beaucoup de Blancs, pas seulement dans le Sud mais dans l’ensemble du pays, selon lequel les Afro-Américains ne sont pas qualifiés pour diriger ce grand pays.»

«Diversion pathétique». A l’heure où l’Amérique se veut «post-raciale», fière de son premier Président noir, la semonce de Carter a fait du bruit. Les Républicains crient à la manœuvre de diversion, soupçonnant les démocrates de vouloir ressouder les rangs derrière Obama, au moment où sa popularité s’effrite. Le président, noir lui aussi, du parti républicain, Michael Steele, dénonce «une diversion pathétique des démocrates pour détourner l’attention du très impopulaire projet gouvernemental de système de santé».

Fidèle à lui-même, et à son souci de rassembler au-delà des races, Barack Obama a fait mine de ne guère s’intéresser au sujet : «Je pense que les critiques ont plus à voir avec le fait que certains personnes veulent cyniquement me faire échouer dans ma politique», a assuré le Président dimanche, invitant les Américains à revenir à «plus de politesse et de courtoisie».

grand interdit. Même si Obama le nie -tout en en profitant pour remobiliser ses troupes-, il est clair qu’une partie de l’Amérique a encore un problème avec un Président noir. Le Southern Poverty Law Center (SPLC), qui traque les groupes extrémistes, observe un «retour des milices» qui s’étaient déjà manifestées dans les années 1990 sous le nom de mouvement «patriote». Avant même l’élection d’Obama, de 2000 à 2008, le SPLC a compté une augmentation de 54% du nombre de groupes racistes et extrémistes, passés de 602 à 926. L’installation d’Obama à la Maison blanche «a injecté un fort élément racial dans ces milieux d’extrême droite», souligne Larry Keller, du SPLC, qui a déjà recensé plusieurs meurtres et complots en partie inspirés par cette élection. En Floride, un homme rendu furieux par Obama a tué deux policiers. Près de Boston, un autre tourmenté par le «génocide» de la race blanche a tué deux Africains. Tous ces mouvements restent ultra-minoritaires bien sûr, le racisme fait même sans doute partie des grands interdits aux Etats-Unis. Mais «il ne manque qu’une étincelle, s’inquiète un policier cité par le SPLC. Ce n’est qu’une question de temps avant de voir des menaces et des violences.»
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Princesse
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MessageSujet: Re: Le retour du refoulé, par Stéphane Beaud et Gérard Noiriel   Jeu 24 Sep 2009, 11:10 am

Bien sur que tu peux parler du racisme ici.

De là à en envisager une psychopathologie, j'ai du mal à te suivre... Wink
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surmouate
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MessageSujet: Re: Le retour du refoulé, par Stéphane Beaud et Gérard Noiriel   Jeu 24 Sep 2009, 7:34 pm

sans doute pas de là à envisager une structure. mais on peut envisager des aménagements défensifs liés à des mouvements persécutifs et paranoïdes l'autre, étranger lui veut du mal etc., si ça va mal c'est à cause de cet autre etc.

les seules fois où j'ai vu chez mes patients de propos xenophobent c'était dans un contexte persécutif.

De plus on peut aussi s'appuyer sur cette étude présenté par Sébastien Bohler dans ASI :